Histoire

Le destin d’un constructeur automobile strasbourgeois

Émile Ernest Charles MATHIS

Strasbourg - 15 mars 1880
Genève - 3 août 1956

La période allemande

Fils d’hôtelier strasbourgeois (Hôtel "Ville de Paris"), Emile Mathis part faire son apprentissage en Angleterre à l’âge de 12 ans. A son retour, en 1898, il fonde son entreprise de vente et de réparation d’automobiles a Strasbourg. Il acquiert une concession exclusive pour la vente des automobiles De Dietrich-Niederbronn, licence Amédée Bollée.

En 1902, Emile Mathis fait la connaissance d’Ettore Bugatti à Niederbronn. Ensemble, ils projettent de participer à la course "Paris-Madrid" prévue en mai 1902. Une voiture est conçue et essayée dans ce but, mais les deux compères ne prendront pas le départ pour une sombre histoire de règlementation.

La firme De Dietrich-Niederbronn arrête la fabrication d’automobiles en 1904, mettant les deux jeunes hommes ambitieux devant un avenir prodigieux. En avril 1904, ils signent un contrat pour la conception, la fabrication et la commercialisation de voitures, les "Hermes-Simplex" ou "Mathis -Hermes, licence Bugatti". La société "Mathis & Co" est créée dans ce but. Emile Mathis, jeune mais déjà habile gestionnaire ne met pas tous ses oeufs dans le même panier. C’est ainsi qu’à côté de cette nouvelle société subsiste la société "E.E.C. Mathis " lui appartenant entièrement. Elle est chargée d’exploiter les monopoles acquis pour l’Allemange et les pays voisins: De Dietrich-Luneville, Panhard-Levassor, Rochet-Schneider, Minerva, F.I.A.T., ... En 1906, "Auto Mathis Palace" est le plus grand garage d’Allemagne et l’un des trois plus grands au monde !

Les deux hommes se séparent en 1906, poussés par des personnalités opposées et des conceptions "automobiles" différentes: Ettore Bugatti s’intéresse surtout à la voiture sportive et de luxe, alors qu’Emile Mathis veut commecialiser de petites voitures légères et économiques.

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MATHIS et l’aviation

Parrallèlement à l’automobile, Emilie Mathis s’intéresse à l’aviation, autre technique nouvelle. Le 3 mai 1910, un avion à moteur "Antoinette", appartenant à Emile Mathis, piloté par Wiencziers, survole symboliquement la cathédrale de Strasbourg. C’est le premier avion français à survoler ce monument prestigieux symbole de l’Alsace alors annexée à l’empire allemand. La population strasbourgeoise est en délire !

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MATHIS, constructeur automobile

L’ ambition de devenir un vrai constructeur d’automobiles poursuit Emilie Mathis et, de fin mars à septembre 1911 il fait construire une grande usine moderne dans la proche banlieue de Strasbourg. Les première petites Mathis sortent, d’abord des "Baby", puis des "Populaire" et enfin des "Babylette" à côté de quelques grosses cylindrées. Différents chassis sont équipés de différents moteurs pour proposer une gamme complète pouvant satisfaire n’importe quel client.

La compétition n’est pas négligée: des voitures des série, pilotées par Emile Mathis lui-même ou par Dragutin Esser, remportent de nombreux succès en catégorie "tourisme":

La société par actions "Mathis A.G." est créée le 10 avril 1914 donnant ainsi à l’entreprise un réel statut de grande entreprise industrielle.

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La guerre 1914 - 1918

Août 1914: c’est la déclaration de guerre. Les usines Mathis ne fabriquent plus que des ambulances et des camions pour le front. Emile Mathis est enrôlé dans l’armée impériale en 1916. Chargé par le gouvernement allemand d’acheter du matériel industriel en Suisse et en Italie, il déserte avec une forte somme d’argent en devises et rejoint l’armée française.

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La première génération de voitures: 1919 - 1924

La paix revenue, les usines Mathis recommencent à produire des voitures. Dès fin 1919, deux modèles directement dérivés de la production d’avant guerre sortent de la "chaîne"; les types 8/10 HP "S" et 10 HP "SB" connaissent un réel succès. La 6 HP "P" cyclecar, suit fin 1921. Fin 1922 sortent les premières 6 cylindres dérivées des 4 cylindres: ce sont les 10 HP "PS" et "L". Fin 1923 est présentée la 8/10 HP "M", puis en 1924, la 11 CV "G".

Tous ces modèles, exceptés les types "G", "L" et quelques versions sportives à arbres à cames en tête, possèdent des moteurs à soupapes latérales et des boîtes à 4 vitesses. En 1923 et 1924, des Mathis pilotées par Lams, De Bremond e Bocchi s’illustrent lors des Grands Prix de Tours et de Lyon: doublé et triplé pour Mathis en catégorie "Tourisme".

Une Mathis 10 CV "SB" a battu le record mondial d’économie de carburant, 4,481 l/100 km en octobre 1920, puis une 6 CV "P", 2,38 l/100 km. Ces deux exploits ont été longtemps exploités au niveau de la publicité. "Le poids, voilà l’ennemi" est l’autre slogan publicitaire utilisé par Mathis pour ses dépliants dès 1922.

La production de l’usine est en pleine évolution; avec l’adoption des méthodes modernes de fabrication et de montage, les chaînes parralèles, la production journalière passe de 12 voitures en 1920 à 50 en juin 1923, puis à 100 fin 1924. Le capital social de la société "Mathis S.A." augmente également considérablement, passant de 1,75 millions de Francs fin 1922 à 20 millions de Francs fin 1924. Il sera porté à son maximum, 40 millions de Francs, en juillet 1928.

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La deuxième génération de voitures: 1925- 1929

1925: c’est l’année de la 10 CV "GM", avec un graissage sous pression. Cette oiture effectue, en automnce 1925, un raid d’endurance spectaculaire: 30.000 km en 30 jours, à raison de 1.000 km par jour, avec comme seuls arrêts les changements de pilote et le remplissage du réservoir d’essence. Cette performance, le capot et les principaux organes plomés, s’est déroulé sous le contrôle de la "Commission Technique de l’Automobile Club de France". Six pilotes se sont relayés. Après cet exploit, le voiteure a fait le tour des concessionnaires et certans "anciens" affirment que cette Mathis "GM" a percouru plus de 100.000 km sans aucun incident.

1926 voit la naissance de la 8 CV "MY", "la voiture qui manquait" selon les slogans publicitaires MATHIS. Les premiers modèles sont à magnéto, carrossés d’après les brevets Weymann (molesquine tendue sur une carcasse en bois), selon la formule:

Le poids, voilà l'ennemis

La flamme apparait sur les bouchons de radiateur praiquement en même temps que la présentation des 6 cylindres "EMYSIX", fin 1927, modèles dont le bloc-moteur est à deux culassess séparées; la devise:

Le poids, voilà l'ennemis

se justifie aussi pour ces 6 cylindres: une conduite intérieure, selon sa finition, pèse entre 900 et 1.000 kg. Des moteurs 11, 14 ou 17 CV, puis 23 CV équipent trois chassis différents.

Certains modèles 4 et 6 cylindres sont équipés, à partir de fin 1928, du pont arrière "hypoïde" et de la boîte de vitesses "Synchro-Biflex" à deux vitesses silencieuses.

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La troisième génération de voitures: 1930-1934

Les années 30 débutent; la 8 CV "MY" se perfectionne et devient "MYN" ("N" pour nouvelle caisse surbaisseée), puis "MYP" avec l’adoption du moteur "Continental" - 7 CV. La 10 CV "QM-QMN", nettement plus puissante que la "MY" et la "GM" marque la fin des carrosseries "Carrées".

Emile Mathis a tissé depuis 1925 des liens étroits avec l’industrie automobile américaine. Il tente, en 1930, du lancer la petite "PY" équipée du moteur "Continental" - 7 CV - dénommée "PYC". Lancée à Détroit (U.S.A.), capitale américaine de l’automobile, fief légendaire de Ford, "The Wonder Car" ne remporte pas le succés outre-atlantique et les 100.000 exemplaire peévus aux Etats-Unis ne seront pas construits. Dotée de freins hydrauliques en série, innovation pour une petite voiture de bas prix, ce modéle reçoit néanmoins un bon accueil auprés de la clientéle européenne.

Cette période 1930 - 1934 est la "période de la valse des modèles". En effet de nombreux modéles en multiples versions sortent des chaînes de la Meinau qui occupe, directment ou indirectement (sous-traitance oblige déjà) entre 12.000 et 15.000 personnes, soit plus du quart de la population active de l’agglomération strasbourgeoise. La chaîne de plus de 850 mètres de long est alimentée par des ateliers spécialisés, (chassis, direction et essieux, moteurs et boîte; carrosserie) et la voiture en état de mache sort au bout. Les carrosseries "Weymann" construites à raison de 2.000 par mois voient leur cadence ralentir trés rapidement car l’aérodynamisme que l’on voit poindre, préfère les grandes surfaces de tôle emboutie. C’est la période des études dans toutes les directions, parfois opposées comme par exemple les grosses 8 cylindre à côté del petites 5 CV.

Tout d’abord les 8 cylindres "HYM", "HYP" puis "FOH", pourvues en option de la "roue libre" et d’un equipement hydraulique, tranchent avec les petites voitures connues chez Mathis. Les "EMYHUIT" emploient les techniques les plus avancées; la suspension à barres de torsion, les roues independantes à l’avant et à l’arrière sont même envisagées. Equipées de moteurs de 3, 4 ou 5 litres de cylindrée, 17, 23 ou 30 CV, sont des voitures de haut de gamme destinées à rivaliser avec la concurrence déjà bien implantée dans le créneau des voitures de luxe. Les petites 5 CV "TY" sortent avec des boîtes à 3 vitesses et une cylindrée d’un peu plus de 900 cm3.

Fortes de l’expérience de plus de 20 ans de conception d’automobiles surtout dans le créneau des 8 - 10 CV, les usines Mathis lancent les robustes et populaires "EMY 4".

En 1933, pour redresser la chute des ventes en raison de la crise économique, "l’EMY 4" 8 ou 9 CV, 1,4 ou 1,5 litres de cylindrée, est proposée en plusieurs versions, avec une suspension avant à roues indépendantes (après les essieux rigides), une boîte de vitesses synchronisée avec ou sans "roue libre", une carrosserie moderne, aérodynamique avec ou sans marchepied. Les "EMY 4" sont les derniéres voitures Mathis conçues avant la guerre.

Une autre politique de conception technique Mathis mérite d’être signalée, car pour ses modèles 4, 6 ou 8 cylindres, de nombreuses pièces sont communes, donc interchangeables: pistons, bielles, soupapes, etc. Il y a là un gain important de productivité et une économie substancielle au niveau de la fabrication, mais aussi en ce qui concerne la gestion du stock de pièces de rechange.

A côte de la gamme des voitures de tourisme, les usines Mathis proposent de véhicules utilitaires et industriels. D’abord dérivés de modèles de tourismes, (conduites intérieures commerciales et torpédos commerciales), la gamme propose durant les années 1928-1934, des modèles spécifiquement utilitaires d’une charge utile de 400 kg à 4.500 kg., types "QMUT", "QGUT", "U1", "U2" , "U6", "U6F", "PUF", "PU", "MU", "GU", "U3", "PUT", etc.

Les 6 cylindres figurent également dans la gamme, à moteur monoculasse, 11, 14, 17 et 23 CV, type "FON" principalement; la 13 CV "SY" leur succède, dotée d’une suspension à roues indépendantes, à roue libre et à corrosserie aérodynamique.

 

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Principaux slogans et brevets

1922 "Le poids , voilà l'ennemi"
1928 Adoption su pont "Hypoïde" permet tant des chassis et des carrosseries surbaissés
1930 "La voiture qui a étonnée l' Amérique"
1931 "Suivez Mathis et prenez de l'avance"
Adoption de la "roue libre" sur des petites voitures
1933 Adoption des suspensions à roues indépendantes (sur les 4 roues - "Quadruflex")

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Matford

Emile Mathis cherche à renforcer son impact commercial, et une fois de plus, fort de ses contacts antérieurs avec les industriels américains de l’automobile, il négocie, avec le Président de Ford-France, la création de la société Matford, (alliance Mathis Ford) qui voit le jour début octobre 1934.

La premiére voiture Matford V8 - Alsace, construite à Strasbourg, fait la traversée de l’Atlantique à l’occasion du voyage inaugural du paquebot "Normandie", pour être présentée à Henry Ford.

Des chassis équipés du moteur américain V8 - 21 CV, puis du moteur V8 - 13 CV, sont équipés de caisses embouties chez "Chausson", puis dans les usines strasbourgeoises "américanisées".

La gamme Ford supplante rapidement la gamme Mathis alors que les deux devaient se côtoyer au sein de la gamme Matford. La procès qui s’en suit est gagné par Mathis S.A. à la veille de la guerre.

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La guerre 1939 - 1945

Septembre 1939: c’est la déclaration de la guerre et l’occupation l’Alsace. Poussé par un pressentiment, et de peur de représailles allemandes suite à sa désertion de 1916, Emile Mathis fait déménager les machines de son usine de la Meinau et les installe à Athis-de-L'Orne aprés un long périple à travers la France.

Emile MATHIS gagne les Etats-Unis et crée la société Matam Corporation, (MAThis AMerica), à Long lsland dans la banlieue de New-York. En moins de 10 mois, la nouvelle société enregistre ses premiers contrats importants avec les marines alliées et la "Navy" et compte vite 2.000 ouvriers et employés. Plus de 220 millions d’obus de D.C.A. sortent des usines Matam. Pour cette collaboration efficace, Emile Mathis se voit décerner le fameux "E" de la Navy, distinction janais accordée auparavant à un étranger.

Pendant ce temps, les usines de la Meinau, sont réquisitionnées par l’occupant allemand et travaillent à la mise au point, puis à la construction de moteurs d’avions Junkers. Emile Mathis, pour participer à l’anéantissement de la puissance économique de l’Allemagne, donne depuis les U.S.A., toutes les indications utiles pour raser ses propres usines de Strasbourg. Après une première opération ratée, c’est en 1944 que les points stratégiques et les locaux sont détruits par les bombardiers américains.

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Après 1945

Après la Libération, les usines Mathis ont des difficultés à se relever. Le "Plan Marshall", puis le "Plan Pons", (restructuration de l'industrie automobile française), n’accordent pas les autorisations nécessaires à la continuation de l’activité automobile de la société. Emile Mathis ne revient personnellement qu’en juillet 1946.

Après avoir servi pour la réparation de matérials de guerre américains, les locaux de Strasbourg et de Gennervilliers voient le montage de camions américains Macks, de tracteurs et d’accessoires agricoles Moline-Minneapolis, de moteurs d’avions de la série G.

Les bureaux d’études de Mathis S.A. mettent au point la Mathis "V.E.L. 333" puis la "666", deux voitures révolutionnaires pour l’époque. Malheureusement, le contingentement en matiéres premiéres ne permettent pas la production en série. Une "Jeep" et un scooter sont également étudiés; des fers à repasser électriques et à vapeur "Matmatic" sont commercialisés.

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La fin de Mathis

Déçu par la conjoncture de l’après-guerre, n’ayant plus l’enthousiasme d’avant-guerre, n’ayant pas d’héritier pour reprendre son "empire", Emile Mathis se désintéresse de ses sociétés; la faillite suit la liquidation judiciaire entre 1953 et 1956. Les locaux sont cédés à Citroën, mais la société "Mathis S.A." n’est radiée des registres du Tribunal de Commerce de Strasbourg qu’en 1982, aprés le décès de la deuxième Mme Mathis.

Et c’est ainsi que disparaît le quatrième constructeur automobile français d’entre les deux guerres !

 
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